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Le rail

Quand le train s'arrêtait à Barbotan

De 1897 à 1938, la commune vécut au rythme du chemin de fer : deux gares sur la ligne Nérac – Mont-de-Marsan, des curistes descendant du train, un président de la République en voyageur régulier — puis le long déclin, jusqu'aux rails déposés. Voici cette histoire.

La ligne 644 000

Deux gares pour une commune

La ligne de Nérac à Mont-de-Marsan — 93,7 kilomètres à travers le Lot-et-Garonne, le Gers et les Landes — traversait la commune en desservant deux gares : Barbotan-les-Thermes, au point kilométrique 183,2, aux portes des thermes pour les curistes, et Cazaubon, au PK 187,1, pour le bourg et ses marchés. Entre Gabarret et Mauvezin-d'Armagnac, le train cousait ensemble les deux visages du village.

La gare, carte postale ancienne

Chronologie

De la vapeur à la voie verte

Fait établi — Cette chronologie s'appuie sur les textes officiels (Journal officiel, Bulletin des lois) et les études ferroviaires de la ligne.

1881 – 1883

La ligne décidée

La loi du 6 août 1881 déclare d'utilité publique l'établissement d'un chemin de fer de Nérac à Mont-de-Marsan — un enfant du grand plan Freycinet, qui veut amener le rail jusqu'aux campagnes profondes. La ligne est concédée le 20 novembre 1883 à la Compagnie des chemins de fer du Midi.

23 juin 1890

Premier tronçon : Nérac – Mézin

Après des études et des travaux difficiles, le premier tronçon ouvre entre Nérac et Mézin. Le rail approche du Gers — mais il faudra encore sept ans pour qu'il atteigne la commune.

12 décembre 1897

Le train arrive à Barbotan et à Cazaubon

Le tronçon de Mézin à Mont-de-Marsan est mis en service : la ligne est complète, et la commune se réveille avec deux gares. Selon les historiques de la ligne, jusqu'à une dizaine de trains y circulent quotidiennement. Pour la station thermale, c'est une révolution : les curistes descendent désormais du train à quelques pas des bains, là où l'accès à Barbotan avait toujours été le grand obstacle.

1906 – 1913

Le train présidentiel

Armand Fallières, président de la République et enfant de Mézin — sur la ligne —, la parcourt régulièrement avec son train présidentiel pour rejoindre ses terres, rapportent les chroniques ferroviaires locales. La petite ligne gasconne voit passer le chef de l'État : les gares du parcours en gardèrent longtemps le souvenir.

Années 1930

Les Michelines

Un nouveau venu fait son apparition sur les rails : la Micheline, cet autorail rapide monté sur pneus qui tente de moderniser les lignes secondaires. L'image de ces drôles de machines filant entre les vignes du Bas-Armagnac appartient aux dernières belles années de la ligne.

2 octobre 1938

Fermeture aux voyageurs

Malgré les Michelines, le trafic reste trop faible : la toute jeune SNCF ferme la ligne entière au service des voyageurs et la remplace par des autocars. Les quais de Barbotan et de Cazaubon se vident — quarante et un ans seulement après l'arrivée du premier train.

1940 – 1944

La parenthèse de la guerre

La pénurie de carburant de l'Occupation offre un sursis inattendu : la SNCF rouvre la ligne aux voyageurs, desservie par des trains à vapeur. Les gares revivent quatre ans — jusqu'à la fermeture définitive du service voyageurs en 1944.

1962 – 1975

La fin du rail

Le trafic s'éteint par étapes : la section Sos – Gabarret perd son fret dès décembre 1962 et est déclassée en février 1964 ; les derniers convois vers Mont-de-Marsan cessent en 1969, avant le déclassement administratif des sections restantes en 1972. Entre 1973 et 1975, les rails sont déposés entre Mézin et Mont-de-Marsan : le train ne repassera plus par Barbotan.

Aujourd'hui

Ce qu'il en reste

La ligne survit par fragments : côté Landes, l'emprise est devenue dès 1978 la voie verte du Marsan et de l'Armagnac, où les cyclistes ont remplacé les convois ; côté Lot-et-Garonne, le tronçon Nérac – Mézin accueille depuis 2004 le train touristique de l'Albret. La gare la plus proche de la commune est désormais Mont-de-Marsan, à 38 kilomètres. Quant aux anciennes gares de Barbotan et de Cazaubon, leurs bâtiments et leur souvenir attendent vos photographies et cartes postales — la galerie d'archives leur fera une place d'honneur.

☞ Sources : ligne de Nérac à Mont-de-Marsan (dates officielles du Journal officiel et du Bulletin des lois), Lignes oubliées — le tracé et les points kilométriques des gares, historique du chemin de fer touristique de l'Albret. Les dates de fin du fret varient légèrement selon les sources (1969 pour les derniers convois vers Mont-de-Marsan, 1972 pour les fermetures officielles).