1881 – 1883
La ligne décidée
La loi du 6 août 1881 déclare d'utilité publique l'établissement d'un chemin de fer de Nérac à Mont-de-Marsan — un enfant du grand plan Freycinet, qui veut amener le rail jusqu'aux campagnes profondes. La ligne est concédée le 20 novembre 1883 à la Compagnie des chemins de fer du Midi.
23 juin 1890
Premier tronçon : Nérac – Mézin
Après des études et des travaux difficiles, le premier tronçon ouvre le 23 juin entre Nérac et Mézin. Le rail approche du Gers — mais il faudra encore sept ans pour qu'il atteigne la commune.
12 décembre 1897
Le train arrive à Barbotan et à Cazaubon
Déclarée d'utilité publique par la loi du 6 août 1881, dont l'article premier nomme expressément Cazaubon (Journal officiel du 9 août 1881, p. 4474), la ligne voit son dernier tronçon, de Mézin à Mont-de-Marsan, mis en service le 12 décembre 1897 (rapport de l'ingénieur en chef des Landes, 1899) — dès le 5 selon l'abbé Escarnot, témoin — et le tronçon, achevé en trois ans, est solennellement inauguré le jour de Noël ; Escarnot en garda l'image du « train ministériel arrivant en gare ». La commune se réveille avec deux gares. Selon les historiques de la ligne, la desserte quotidienne y est nourrie. Pour la station thermale, c'est une révolution : les curistes descendent désormais du train à quelques pas des bains, là où l'accès à Barbotan avait toujours été le grand obstacle.
1906 – 1913
Le train présidentiel
Armand Fallières, président de la République et enfant de Mézin — sur la ligne —, gagne régulièrement Mézin par son train présidentiel pour rejoindre ses terres, rapportent les chroniques ferroviaires locales. La petite ligne gasconne voit passer le chef de l'État : les gares du parcours en gardèrent longtemps le souvenir.
Années 1930
Les autorails
Un nouveau venu fait son apparition sur les rails : l'autorail — sur cette ligne, les « Paulines » à roues métalliques plutôt que les fameuses Michelines sur pneus — venu moderniser les lignes secondaires. L'image de ces machines légères filant entre les vignes du Bas-Armagnac appartient aux dernières belles années de la ligne.
2 octobre 1938
Fermeture aux voyageurs
Le trafic reste trop faible : la toute jeune SNCF ferme la ligne entière au service des voyageurs et la remplace par des autocars. Les quais de Barbotan et de Cazaubon se vident — quarante et un ans seulement après l'arrivée du premier train.
1940 – 1944
La parenthèse de la guerre
La pénurie de carburant de l'Occupation offre un sursis inattendu : la SNCF rouvre la ligne aux voyageurs, desservie par des trains à vapeur. Les gares revivent quatre ans — jusqu'à la fermeture définitive du service voyageurs en 1944.
1962 – 1975
La fin du rail
Le trafic s'éteint par étapes : la section Sos – Gabarret perd son fret dès décembre 1962 et est déclassée en février 1964 ; les derniers convois vers Mont-de-Marsan cessent en 1969, avant le déclassement administratif des sections restantes en 1972. Entre 1973 et 1975, les rails sont déposés entre Mézin et Mont-de-Marsan : le train ne repassera plus par Barbotan.
Aujourd'hui
Ce qu'il en reste
La ligne survit par fragments : côté Landes, l'emprise est devenue dès 1978 la voie verte du Marsan et de l'Armagnac, où les cyclistes ont remplacé les convois ; côté Lot-et-Garonne, le tronçon Nérac – Mézin a accueilli de 2004 à 2024 le train touristique de l'Albret, dont l'exploitation est suspendue. La gare la plus proche de la commune est désormais Mont-de-Marsan, à 38 kilomètres. Quant aux anciennes gares de Barbotan et de Cazaubon, leurs bâtiments et leur souvenir attendent vos photographies et cartes postales — la galerie d'archives leur fera une place d'honneur.
Le rail irriguait du reste toute l'économie locale : Henri Polge rappelle que les premières lignes de chemin de fer facilitèrent l'exportation de l'armagnac, fixant le négoce à Condom et à Eauze — et dans les années 1950 encore, le syndicat d'initiative installé au cœur même de l'établissement thermal servait de correspondant SNCF, vendant les billets et enregistrant les bagages des curistes (Polge, 1955).
La ligne a même sa légende archéologique, dont des pièces sont conservées au musée du Louvre : en 1892, les terrassiers du pont sur l'Uby exhumèrent à trois mètres de profondeur dix chapiteaux corinthiens de marbre de l'Antiquité tardive (datés 350-450 par le Louvre), accompagnés d'une unique pièce de bronze d'Henri de Navarre — peut-être un chargement destiné au château de Nérac du futur Henri IV, renversé là et jamais reparti. Deux de ces chapiteaux dorment aujourd'hui dans les réserves du Louvre : l'histoire complète est racontée sur la page des hameaux.