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Chronologie

Les grandes dates de la commune

Des sources gallo-romaines à la station thermale d'aujourd'hui : une histoire vérifiée aux meilleures sources disponibles. Chaque jalon indique son niveau de fiabilité — car la mémoire d'un village mêle toujours faits établis et traditions transmises.

Toponymie

D'où viennent les noms ?

Cazaubon vient du gascon casa, la maison, l'habitation — la mairie retient le sens de « maison à travers bois ». Barbotan se rattacherait à la racine gauloise borvo, divinité des eaux thermales que l'on retrouve dans Bourbon ou Bourbonne ; une autre hypothèse y voit le nom de la famille seigneuriale de Barbotan, implantée dans le pays vers 1220. Deux étymologies, un même destin : la maison des hommes et le dieu des eaux.

La frise

Deux mille ans d'histoire

Fait établi Tradition locale — Les faits établis s'appuient sur des sources primaires ou académiques ; les traditions sont transmises par la mémoire locale sans preuve d'archive. La pastille de chaque jalon reprend la couleur de son niveau de fiabilité.

Antiquité

Des eaux déjà fréquentées Tradition corroborée

Les sources chaudes et les boues de Barbotan sont fréquentées dès l'époque gallo-romaine : débris de poteries, canalisations et nombreuses monnaies découverts en 1828 en témoignent. Les Romains, maîtres du pays après l'écrasement des Sotiates à Sos par Crassus, lieutenant de César, y assimilèrent à leur Apollon guérisseur Borvo, dieu celtique des eaux thermales — dont le nom survit dans la forme ancienne Borbotan, relevée dans un document du pape gascon Clément V, et qu'on retrouve de Bourbonne-les-Bains à La Bourboule (Henri Polge). À une quinzaine de kilomètres, Éauze — l'antique Elusa — était la capitale de la Novempopulanie : le pays des eaux n'était pas un désert, loin de là. Le sol en gardait même des chefs-d'œuvre : dix chapiteaux corinthiens de marbre des années 350-450, exhumés en 1892 près du pont de l'Uby, sont aujourd'hui partagés entre le musée d'Auch et le Louvre (voir le patrimoine des hameaux).

Vers 930

Frédelon, premier seigneur connu Tradition locale

Selon la mémoire communale, le premier seigneur de Cazaubon serait Frédelon, comte de Gaure, fils de Guillaume comte de Vic-Fezensac. Au XIe siècle, le bourg se serait entouré de murailles percées de quatre portes — deux subsistent aujourd'hui : la porte d'Uzan et la porte du Hourrat.

XIIIe siècle

La baronnie de Cazaubon Fait établi

Cazaubon est alors le siège d'une baronnie bien réelle. Le baron Géraud de Cazaubon, seigneur de Sompuy, s'oppose au comte d'Armagnac lors de la fameuse « affaire de Sompuy » en 1271-1272 ; un Géraud de Cazaubon cofonde la bastide de Fleurance en 1272 avec Eustache de Beaumarchais. Le bourg entre ensuite dans la mouvance des puissants comtes d'Armagnac. Contrairement à une idée répandue, Cazaubon n'est pas une bastide : son enceinte, probablement du XIIIe siècle, relève du bourg castral fortifié plutôt que du plan régulier des villes neuves.

Première moitié du XVIe

Le portail Renaissance de Saint-Pierre Fait établi

L'église Saint-Pierre de Barbotan, qui date pour partie de la fin du Moyen Âge, est reconstruite dans la première moitié du XVIe siècle. Son portail de style Renaissance s'ouvre sous une ancienne porte de ville — une configuration peu commune, ce passage servant aujourd'hui d'entrée vers les thermes. Le clocher reçut son horloge en 1899 selon les chronologies locales, et le portail est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 9 juin 1925.

XVIe siècle

Monluc, Montaigne et le futur Henri IV Vanté par Monluc — venues traditionnelles

Les vertus des eaux sont vantées par le maréchal gascon Blaise de Monluc et par Michel de Montaigne. La tradition veut que les comtes d'Armagnac et de Foix, puis Henri de Navarre lui-même, aient fréquenté les bains. Les témoignages de Monluc, enfant du pays, et de Montaigne, dont le Journal de voyage compare les boues italiennes à celles de Barbotan, sont directs ; la venue du futur Henri IV reste de l'ordre de la tradition admise.

1629

Le premier traité médical Fait établi

Nicolas Chesneau, « docteur en médecine Marseillois » selon la page de titre, publie à Bordeaux en 1629 (une date de 1628 circule dans la bibliographie ancienne) son Discours et abrégé des vertus et propriétés des eaux de Barbotan en la comté d'Armaignac — un traité de médecine remarquablement précoce, qui inscrit officiellement Barbotan dans la littérature thermale française, près de deux siècles avant l'essor de la station moderne.

1648 – 1649

Le drame des bains : l'affaire de Laballe Fait établi

Julien de Lorgeril, écolier breton de 21 ans venu prendre les eaux (son père est procureur du roi au parlement de Rennes), est tué par Jean Hector de Barbotan, seigneur de Laballe. Contravention de chasse ? Rivalité amoureuse ? On l'ignore. L'arrêt du Parlement de Toulouse (23 mai 1649) est implacable sur le papier : condamnation par contumace à être roué vif sur la place de Cazaubon, démolition du château ordonnée, futaies à raser — et la moitié du bourbier et des bains confisquée, adjugée à Thomas de Maniban, seigneur de Cazaubon. Les destins thermaux des deux villages se nouaient déjà. Dans les faits, nul ne put déloger le meurtrier, passé au protestantisme, de son château de Laballe, qui passa par accord (1656) aux Carmentran puis à la famille de Cours. De ce fait divers, la mémoire populaire fera la légende de la « tour du crime », démêlée plus bas au vrai du faux.

24 juillet 1790

Une météorite nommée « Barbotan » Fait établi

Vers 21 h 30, un globe de feu traverse le ciel gascon, suivi d'une détonation : des pierres tombent sur la région, signalées jusqu'à Cazaubon. La science a retenu le nom du village d'eaux pour baptiser l'événement — « Barbotan » est aujourd'hui le nom officiel d'une météorite, une chondrite classée H5 au Meteoritical Bulletin, dont un fragment est conservé au Muséum d'histoire naturelle de Vienne, en Autriche, qui en publie même un modèle 3D. Une chute régionale, tombée dix jours après la fête de la Fédération, premier anniversaire de la prise de la Bastille : le ciel aussi participait aux événements. Et la pierre eut une postérité savante : en 1803, Jean-Baptiste Biot emporta un fragment de Barbotan comme étalon de comparaison dans son enquête sur la chute de L'Aigle — celle-là même qui fit reconnaître à la science la réalité des météorites. Certains savants, Bertholon en tête, tournèrent d'abord en dérision le procès-verbal gascon et ses trois cents témoins ; la reconnaissance vint progressivement — Saint-Amans révisant son jugement dès 1802, un échantillon de Barbotan en main, avant que l'enquête de L'Aigle n'achève de convaincre.

1820 – vers 1860

Naissance de la station moderne Fait établi

Un premier établissement thermal est fondé en 1820 ; vers 1828, Clair-Joseph de Barbotan reprend la station en main, et son fils Charles bâtit en 1850 l'établissement des bains sulfureux. Vers 1860, la station accueille près de 5 000 curistes par an, un chiffre considérable pour l'époque. Au même moment, Cazaubon lance sa nouvelle église paroissiale néo-gothique Saint-Martin, l'ancienne étant devenue trop petite, sous l'impulsion du curé-doyen Bernard Ducruc : première pierre le 15 juillet 1861, première messe le 16 décembre 1871, inauguration en 1872 ; l'ancienne église, de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle sur l'emplacement d'un édifice antérieur, est désaffectée vers 1860-1870 et sert aujourd'hui de salle d'exposition.

1889 – 1900

La renaissance de la Belle Époque Fait établi

Après un déclin dans les années 1870, la station renaît à partir de 1889 : bâtiment des bains de boue près de l'église, établissement des « Bains Clairs », Grand Hôtel — seul ce dernier subsiste aujourd'hui. La ligne de chemin de fer de Nérac à Mont-de-Marsan, achevée par la Compagnie du Midi en décembre 1897, dote la commune de deux gares — Barbotan-les-Thermes et Cazaubon — et amène les curistes au pied des bains. C'est l'âge d'or que fixent les cartes postales présentées sur ce site.

1927 · 1954

La station devient officielle Fait établi

En 1927, les deux établissements — bains clairs et bains de boue — sont entièrement rénovés, l'année même où un décret du 20 février 1927 déclare d'intérêt public les sources de la station et fixe leur périmètre de protection par décret. En 1954, l'agrément définitif des Assurances sociales puis l'arrêté ministériel du 7 décembre l'érigent en station hydro-minérale. Entre-temps, signe des temps : dès 1907, la radio-activité des eaux avait été mesurée par M. Danne, préparateur du professeur Curie — l'argument de réclame par excellence de la Belle Époque thermale, qu'on ne cite plus aujourd'hui qu'en souriant.

1958

La Chaîne Thermale du Soleil Fait établi

Sous l'impulsion de son fondateur Adrien Barthélémy — qui a donné son nom au parc thermal — la Chaîne Thermale du Soleil acquiert la station. Le développement est spectaculaire : au milieu des années 1980, Barbotan accueille environ 18 000 curistes par an et se hisse au 10e rang des stations thermales françaises. Le rail, lui, fermé aux voyageurs dès 1938, perd ses derniers convois de marchandises au cours des années 1960.

1964 – 1973

La naissance du lac de l'Uby Fait établi

En 1964, Marc Dero propose le projet d'une retenue artificielle dans la vallée de l'Uby ; le conseil municipal de Cazaubon l'engage formellement en juillet 1966. Les travaux débutent en 1969 — acquisitions de terrains, barrage, voirie, assainissement —, la digue est édifiée en 1970 et le déboisement de la future zone immergée s'achève en 1971. Dès février 1972, Le Monde titrait « Barbotan s'offre un lac artificiel » ; en juillet, la mise en eau commence sur environ 70 hectares : le lac est né. En juillet 1973, la base de plein air et nautique est pleinement installée.

1985 – 1988

L'établissement d'Edmond Lay Fait établi

L'architecte Edmond Lay conçoit un vaste établissement thermal — un programme de plus de 35 000 m² sur trois niveaux, aux formes inspirées des séchoirs à tabac du Sud-Ouest. Le chantier est toutefois interrompu en 1988 pour raisons financières : le niveau supérieur prévu ne sera jamais construit.

27 juin 1991

La catastrophe des thermes Fait établi

Ce jour-là, plusieurs centaines de curistes sont présents lorsque des travaux d'étanchéité sur la toiture-terrasse tournent au drame : du bitume brûlant, renversé accidentellement, s'écoule sur une cloison d'isolation qui s'enflamme et propage des fumées toxiques. Vingt curistes et une employée, asphyxiés, perdent la vie — 21 victimes que la commune n'oublie pas.

L'enquête établit une cause accidentelle aggravée par de graves manquements à la sécurité. Le procès, dépaysé à Toulouse, aboutit en 1996 à des condamnations confirmées en appel en 1998, puis par la Cour de cassation le 29 juin 1999 — un arrêt devenu une référence du droit de la sécurité des établissements recevant du public. Fermé depuis le drame, l'établissement rouvre ses portes le 15 juillet 1991 — moins de trois semaines plus tard. Les curistes reviennent, mais l'émotion reste vive et la polémique enfle sur la situation administrative des thermes, tandis que l'instruction est confiée à la juge Nicole Bergougnan, à Auch (Le Monde, 24 juillet 1991). Dans les années qui suivent, les thermes seront reconstruits et rouverts.

Aujourd'hui

Bourg gascon et ville d'eaux Fait établi

Forte de 1 665 habitants (population légale 2023, INSEE), la commune conjugue ses deux identités. Barbotan est l'une des rares stations françaises à traiter à la fois la rhumatologie et la phlébologie, grâce à une eau émergeant naturellement à 37-38 °C et à ses boues végéto-minérales — une tourbe maturée dans l'eau thermale, que la station présente comme uniques en France. Labellisée Station verte et Cittaslow, au cœur de l'appellation Bas-Armagnac et de ses « sables fauves », Cazaubon-Barbotan accueillait environ 16 000 curistes par an à la fin des années 2010 (CRC, 2018) ; la saison court de mars à novembre.

Le vrai du faux

Ces légendes qu'il faut ranger aux archives

Les sites touristiques répètent parfois des affirmations séduisantes mais invérifiables. Un site patrimonial se doit de les signaler — car dire ce qu'on ne sait pas, c'est aussi faire œuvre d'histoire.

Non attesté

« Montesquieu prit les eaux à Barbotan »

Aucun document retrouvé à ce jour — ni dans sa correspondance éditée, ni dans la mémoire communale — n'atteste un séjour du philosophe bordelais à Barbotan. Géographiquement plausible, historiquement non prouvé : nous préférons l'omettre.

Non vérifié

« Strabon mentionnait déjà les sources »

Le géographe grec ne cite nommément ni Barbotan ni ses eaux. La fréquentation antique des sources est probable, mais elle ne s'appuie pas sur ce texte.

Légende démêlée

« La tour du crime de Barbotan »

La tour couverte de lierre, dernier vestige du château féodal, passerait pour le témoin conservé d'un meurtre seigneurial ayant valu la démolition du reste. Belle histoire, mais plaquée sur le mauvais château : c'est l'abbé Léonce Couture qui retrouva l'arrêt de 1649 au parlement de Toulouse et qui dégagea l'histoire de la légende, relayé par Escarnot puis Polge. Le vrai drame est l'affaire de Laballe ; la démolition ordonnée par l'arrêt ne fut d'ailleurs jamais exécutée. La tour de Barbotan, elle, doit sa ruine au Prince Noir (1355) et au temps. Voir la chronologie.

Non vérifié

« Richelieu, Napoléon III et Eugénie... »

Le passage du cardinal de Richelieu et le soutien impérial à la construction de 1843 circulent sans source retrouvée à ce jour — et la chronologie rend la mention impériale impossible pour 1843. À écarter.

À nuancer

« Cazaubon, bastide gasconne »

L'appellation est répandue, mais rien n'impose de rattacher le bourg au mouvement des bastides (XIIIe-XIVe siècles). Cazaubon s'apparente plutôt à un bourg castral fortifié — ce qui n'est pas moins noble ! La thèse d'Anaïs Comet (2017) précise le tableau : quatre portes jadis (Gèle et Neuve ont disparu, Uzan et le Hourrat furent entièrement remontées), et des couverts absents du terrier de 1478 : leur allure médiévale pourrait être plus tardive qu'il n'y paraît.

Confusion fréquente

« André Darrigade, enfant du pays »

Les arènes de Cazaubon honorent Jean Darrigade et son fils Gérard : le père, grand aficionado, le fils, journaliste et président de la Fédération française de la course landaise de 1976 à 1997. Le célèbre cycliste André Darrigade, lui, est né à Narrosse, près de Dax (Landes) — son lien avec la commune n'est pas établi.

Tradition charmante

« Les lotus d'une bienfaitrice »

Les lotus roses du parc thermal auraient été introduits au XIXe siècle grâce à une bienfaitrice. Jolie histoire, détails invérifiés — on la transmet comme ce qu'elle est : une tradition.

Sources

Sur quoi s'appuie cette page

Les principales sources consultées, par ordre d'autorité. Les grandes questions ouvertes à la création de ce site (date de création du lac, réouverture des thermes après l'incendie) ont depuis été résolues grâce à la presse d'époque — la preuve que la recherche continue.