AccueilFigures localesCharles de Barbotan
Figure locale · 1816 – 1869
Le comte bâtisseur : dernier de sa lignée à diriger le domaine familial, il donne aux thermes leur visage de station aristocratique du XIXe siècle.

Charles-Marc-Antoine de Barbotan naît à Pau le 14 mars 1816, héritier d'une très ancienne famille noble gasconne — celle-là même dont le nom se confond avec le village. Son ascendance porte déjà la marque de l'histoire nationale : son arrière-grand-père Joseph-Clair de Barbotan-Càrritz, comte de Mormès, maréchal de camp et député de la noblesse de la sénéchaussée de Dax aux États généraux de 1789, fut accusé sous la Terreur d'intelligences avec les émigrés — « et notamment avec son petit-fils », officier de cavalerie émigré près de Mayence. L'enchaînement judiciaire fut implacable : acquitté le 7 janvier 1794 par le tribunal criminel du Gers, il vit la Convention annuler cet acquittement le 31 janvier, sur rapport de Dubarran, et le renvoyer devant le Tribunal révolutionnaire de Paris — qui le condamna ; il fut exécuté le 11 germinal an II (le 31 mars 1794 ; la notice de l'Assemblée nationale, qui l'enregistre sous « Clair-Joseph », donne le 1er avril). L'émigré en question n'était autre, selon toute vraisemblance, que Clair-Joseph, le futur restaurateur des bains — même prénom, même génération, amnistié puis établi à quelques lieues. La correspondance avec ce petit-fils figurait au premier rang des accusations.
L'œuvre thermale de la famille ne commence pas avec lui : son père, Clair-Joseph de Barbotan (né le 24 juillet 1771, fils de Jean-Marie de Barbotan et de Marie-Angélique de Noé, selon une généalogie familiale), l'ancien émigré de la famille (amnistié et rayé des listes le 26 thermidor an X, soit le 14 août 1802, puis établi à Malac, où il vivait encore en 1825), avait repris en main l'exploitation des bains vers 1828, après les déboires de divers fermiers — il devait mourir vingt ans plus tard, selon Polge, et entrepris la construction d'un établissement plus digne de ce nom, à une époque où l'accès à Barbotan restait fort difficile. Charles poursuit et amplifie cette œuvre : dans les années 1850, il fait construire un nouvel établissement et le célèbre chalet, et aménage une allée de cèdres du Liban (toujours visibles dans le parc du Chalet, selon le témoignage familial de 2026) près des vestiges de l'ancienne tour de briques. C'est sous son impulsion que le domaine prend réellement l'allure d'une station thermale aristocratique du XIXe siècle — et non plus de simples bains autour des sources.
Le mystère du chalet est aujourd'hui levé, grâce à l'ouvrage de l'archiviste départemental du Gers Henri Polge (1955) : Charles fait construire l'établissement des bains sulfureux en 1850 (œuvre de l'architecte Dupouy, de Mont-de-Marsan, à l'amphithéâtre cerné d'une double colonnade de marbre rouge d'Italie), rachète en 1854, au terme d'un procès né de la brouille de 1852, les biens de Jean-Baptiste Sourbé, propriétaire de la Garière, dont les « bains Saint-Pierre » rivalisaient avec les siens, puis élève vers 1858 le chalet presque à la place du château féodal de ses ancêtres, « sur le modèle de celui que Napoléon III avait fait construire à Plombières ». Les dates de 1850-1854 qui semaient le doute correspondaient donc à ses autres chantiers — l'énigme n'était qu'un télescopage de travaux.
Sa vie se partage entre Pau et Barbotan. Conseiller général des Basses-Pyrénées pour le canton de Lagor de 1855 à sa mort, « propriétaire à Pau », il épouse en 1849 Anna-Pierre-Louise Dufau, fille d'un premier président de la cour d'appel de Pau qui fut aussi député et maire de la ville. Le couple a plusieurs enfants — trois filles atteignent l'âge adulte — mais aucun fils survivant : à sa mort s'éteint la transmission du nom des comtes de Barbotan.
Charles meurt au chalet le 7 septembre 1869, à cinquante-trois ans : la date, longtemps flottante entre le 4, le 5 et le 7 selon les notices, est donnée par l'abbé Escarnot. Son corps fut porté à Pau, au tombeau familial. Après lui, sa veuve et ses filles conservent quelque temps les propriétés thermales avant de s'en défaire : le domaine patrimonial, chalet en tête, est vendu à Charles Brèthes, de Hagetmau, puis passe en 1890 à la famille Dussans — tandis que les bains suivent leur propre chemin vers les sociétés privées. Sa mort marque ainsi la vraie transition de l'histoire thermale : des bains de la famille seigneuriale à la station moderne des sociétés privées.
L'homme, du reste, ne vivait pas à Barbotan : établi à Pau, où il s'était marié le 24 avril 1849 avec Louise Anne de Dufau, il n'arrivait qu'aux vendanges, s'installait un mois au Grand Hôtel et s'adonnait à la chasse avec ses amis ; le chalet fut d'abord sa villa des beaux jours. Ses trois filles s'allièrent aux comtes de Barraute, aux vicomtes d'Adhémar de Cransac et aux barons de Bastard. Dès 1842, il avait offert à la paroisse le terrain du presbytère : le seigneur absent n'en était pas moins bienfaiteur.
☞ Sources : Jean Barada, note 104 de son édition des Souvenirs du chevalier d'Antras de Gardères, Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie du Gers, 1927, p. 192 (la note sur Gallica) — comté de Mormès, petit-fils émigré, amnistie de l'an X ; notice de l'Assemblée nationale (base Sycomore) — variante « Clair-Joseph », exécution au 1er avril ; généalogie familiale compilée (fiches 19 et 22) — naissance, parents, mariage d'Abbadie ; Archives parlementaires (rapport de Dubarran, 31 janvier 1794 et décret d'annulation, sur Persée) ; abbé Escarnot, Barbotan-les-Bains, précis d'histoire (1904, lisible sur Gallica) — décès du 7 septembre 1869, chalet de 1858, famille, architecte et rivalité Sourbé ; Henri Polge, Barbotan et le Bas-Armagnac (Condom, Imprimerie Nouvelle, 1955) — chronologie des travaux et transmission du domaine ; généalogie de la maison d'Abbadie de Maslacq, Généalogie Gascogne Gersoise (bulletin n° 71, juin 2010), chronologie locale Jalons (2019), liste des conseillers généraux du canton de Lagor. Énigme demeurée ouverte : le titre de chevalier de la Légion d'honneur (mentionné par une généalogie ancienne, non retrouvé dans la base Léonore). Les autres (date du décès, datation approximative et modèle du chalet) sont désormais éclairées par Escarnot, 1904. Aucun portrait authentifié de Charles n'est connu à ce jour — avis aux archives familiales.