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Patrimoine · Sept clochers

Les hameaux et leurs clochers

Cazaubon ne se résume pas à son bourg et à sa station : la commune fédère sept hameaux — et compta jusqu'à huit églises. Un patrimoine dispersé dans la campagne, dont un fragment est conservé... au Louvre.

Barbotan n'est que l'un des sept hameaux qui composent le territoire communal de Cazaubon, aux côtés de Tavernes, Garbiey, Saint-Christau, Sainte-Fauste, Sentex et Cutxan. Chacun fut jadis pourvu de son église, paroissiale ou annexe : avec celle du bourg, la commune en compta huit — « les monuments les plus intéressants de la commune », écrivait l'archiviste du Gers Henri Polge en 1955. Les procès-verbaux des visites pastorales de 1546-1547 les décrivent une à une, voûtes, clochers « en forme de penne » et fonts baptismaux. Garbiey et Saint-Christau ne furent d'ailleurs rattachés à la commune qu'en 1803 — gonflant d'un coup la paroisse de Cazaubon, au point de rendre sa vieille église trop petite. En 1790, le recensement donnait la mesure de cette constellation : Cazaubon 475 habitants, Cutxan 444, Barbotan 383, Garbiey 258, Sainte-Fauste 223, Sentex 174, Tavernes 160, Saint-Christau 154 (Escarnot, 1904).

Le plus étonnant de ce patrimoine ne se visite pas sur place, et la conservation de ses vestiges vient d'être documentée avec l'aide du musée du Louvre. En 1892, lors du percement de la voie ferrée de Mont-de-Marsan à Nérac, les terrassiers qui creusaient la culée du pont sur l'Uby mirent au jour, à trois mètres de profondeur, un trésor de marbre : dix chapiteaux corinthiens de l'Antiquité tardive — le Louvre les date des années 350-450 — et cinq socles, le tout en marbre blanc de Saint-Béat, entassés pêle-mêle avec des bois assemblés et... une unique pièce de bronze d'Henri de Navarre. L'archéologue Mary Larrieu, qui publia l'ensemble, avança l'hypothèse la plus romanesque : ces chapiteaux dignes de la Daurade de Toulouse étaient peut-être en cours de transport vers Nérac, où le futur Henri IV embellissait son château — chargement renversé, jamais reparti. « Le mystère demeure entier. » L'ingénieur du chantier, M. Prince, de Mont-de-Marsan, répartit la trouvaille dès 1892 ; le Louvre inscrivit sa part à l'inventaire le 22 février 1894 et l'exposa un temps dans sa salle des Antiquités chrétiennes — son étiquette ancienne allant jusqu'à dire les chapiteaux « provenant d'une basilique ». La plus grande part est aujourd'hui au musée d'Auch (neuf chapiteaux selon Larrieu 1972, sept selon la notice SATHMA, plus trois bases) ; deux chapiteaux et une base au musée du Louvre (MNC 1805 à 1807, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines), dont les notices de la base SATHMA ont été rendues publiques à la suite de la demande de ce site. Polge disait vrai.

Saint-Christau possède la plus vaste des églises de hameau : 26 mètres dans œuvre, un clocher épaulé de cinq énormes contreforts, deux belles portes à accolade couronnées d'une Vierge-Mère sculptée — la reconstruction, après les guerres anglaises, était achevée en 1547, comme le constata le procès-verbal de Me Arnaud Claveria. Cutxan se distingue par son clocher flanqué d'une tourelle à escalier en vis et, dans son cimetière, par l'une des rares tombes discoïdales conservées en Armagnac : l'ensemble de l'église et de son enclos est inscrit comme site depuis le 17 août 1944 (église, cimetière, abords immédiats et deux pins parasols).

Sainte-Fauste, comme Barbotan, s'élève sur un établissement gallo-romain — briques, poteries, fragments de marbre et de mosaïques l'attestent ; ses fresques anciennes ont disparu sous le Second Empire. Tavernes, dédiée à l'Assomption puis à saint Celse depuis 1743, est décrite « bien bastie et toute voultée » dès 1546. Quant à Garbiey, son église connut le plus triste des sorts : tabernacle et retable vendus à Barbotan en 1820, cloche cédée en 1821, nef abattue en 1828 pour clôturer le cimetière de Cazaubon, clocher rasé en 1839 — une leçon, en creux, sur la fragilité du patrimoine rural.

Ces clochers de campagne attendent leurs images : si vous possédez des photographies anciennes ou récentes des églises de Saint-Christau, Cutxan, Tavernes, Sentex ou Sainte-Fauste — ou des souvenirs qui s'y rattachent —, la galerie de ce site leur fera une place d'honneur.

Pierre Cames apporte une précision douloureuse sur deux clochers disparus : au milieu du XIXe siècle, les églises de Garbiey et de Saint-Christau furent démolies ou désaffectées, leurs paroissiens rejoignant Cazaubon, ce qui pesa dans la décision d'y bâtir une grande église neuve. L'abbé Ducruc lui-même critiqua publiquement la démolition de Garbiey, au grand déplaisir de certains édiles.

☞ Source : Henri Polge (archiviste départemental du Gers), Barbotan et le Bas-Armagnac, Condom, Imprimerie Nouvelle, 1955 — d'après notamment les procès-verbaux de visites de 1546-1547 et les recherches de l'abbé Ducruc. L'histoire des chapiteaux de l'Uby suit Mary Larrieu (Cahiers archéologiques, t. XIV, 1964, p. 119-120, avec les rapports d'ingénieurs de 1892 ; Monuments Piot, t. 58, 1972, p. 90, note 3) et les vérifications de Pierre-Yves Le Pogam, conservateur général au musée du Louvre (communication du 5 septembre 2026), que ce site remercie chaleureusement. Les notices scientifiques des deux chapiteaux du Louvre, rédigées par May Vieillard-Troiekouroff, sont consultables dans le Corpus SATHMA : MNC 1805 · MNC 1806 — datation 350-450, marbre de Saint-Béat, photographies déposées sur Nakala. Pierre Cames, L'abbé Bernard Ducruc, le baron Haussmann cazaubonnais, Via Cultura, Cazaubon-Barbotan, juillet 2017, p. 14-15 — démolitions et report des paroissiens.