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Patrimoine · XVe – XIXe siècles

Église Saint-Martin de Cazaubon

Deux églises pour un même saint : la paroissiale néo-gothique inaugurée en 1872 et son aînée de la fin du Moyen Âge, devenue salle d'exposition.

L'actuelle église paroissiale de Cazaubon, dédiée à saint Martin, est un édifice néo-gothique dont le chantier, ouvert en 1861, s'acheva par l'inauguration en mars 1872 (la commune en a fêté les 150 ans en mars 2022). L'ancienne église était devenue trop petite pour une paroisse gonflée par le rattachement de Garbiey et de Saint-Christau en 1803 ; le maître d'œuvre du projet est l'abbé Bernard Ducruc, curé-doyen de la commune, qui réunit 41 000 francs par souscription pour un chantier qui en coûtera 70 505. Première pierre le 15 juillet 1861 sur l'emplacement de l'ancien cimetière, interruption par la guerre de 1870 (le bâtiment sert un temps aux exercices des recrues), première messe le 16 décembre 1871, première cloche bénie le 22 mars 1872. Haute façade de pierre massive, mobilier soigné, vitraux lumineux : l'édifice affiche l'ambition monumentale de son époque. Elle remplaça l'ancienne église Saint-Martin, probablement élevée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle sur l'emplacement d'un édifice antérieur que la tradition fait remonter au XIIe, désaffectée vers 1860-1870 puis sauvée : la « Vieille église » sert aujourd'hui de salle d'exposition au cœur du bourg.

Ce doublon n'est que la partie visible d'un patrimoine religieux exceptionnel : la commune conserve sept églises médiévales sur les huit qu'elle a comptées — Saint-Pierre de Barbotan, Saint-Christau, Sainte-Fauste, le Sentex, Tavernes, Cutxan et l'ancienne Saint-Martin —, seule la chapelle de Garbiey ayant disparu au XIXe siècle.

Peu de communes rurales peuvent s'enorgueillir d'une telle constellation d'édifices médiévaux : autant de jalons de pierre qui dessinent, hameau par hameau, la carte du Cazaubon d'avant.

Henri Polge nous a transmis le portrait intérieur de la « Vieille église » : 17 mètres sur 7,25 dans œuvre, six chapelles ouvertes entre les contreforts, une voûte à onze mètres portée par la belle pierre du Biéren — et, dans le mur du midi, une porte étroite que l'érudition locale attribue aux cagots, ces parias du Sud-Ouest tenus à l'écart des fidèles ; un lieu-dit voisin porte encore le nom de Chrestian, qui les désignait. Détail de calendrier enfin : le gros œuvre de la nouvelle église était achevé en 1871, quelques mois avant l'inauguration de mars 1872.

L'église toute neuve reçut d'ailleurs, dès 1872, un dépôt de l'État qui tisse un deuxième fil entre Cazaubon et le Louvre : La Visitation, peinte par Caroline Delaguette d'après le tableau de Sebastiano del Piombo conservé au musée, commandée pour 1 000 francs le 28 décembre 1871 puis déposée dans l'édifice. La notice de l'Inventaire décrit l'œuvre lors de l'enquête de 2001, sans présumer de son état actuel : avis aux paroissiens observateurs. L'église conserve d'ailleurs un second écho du maître italien : une reproduction du Christ en croix venue de l'église de Tavernes, inspirée d'un tableau de Del Piombo et récemment restaurée par la municipalité (Cames).

La monographie de Pierre Cames (2017) rend au chantier ses acteurs et sa matière. Le projet est confié à M. Gentil, architecte départemental, et réalisé par l'entreprise Latrille de Préchac-sur-Adour ; le financement tient de l'épopée : 48 884 francs déjà collectés en 1856, un octroi sur la viande refusé net par le sous-préfet de Condom, un crédit d'État de 15 000 francs en 1858, et la lettre de l'archevêque au préfet du 14 janvier 1862 chiffrant la reconstruction à 70 505 francs. L'édifice qui en sort mesure 38 mètres de long (contre 17 à son aïeule), 15,50 mètres sous voûte, avec des murs de 90 centimètres et un clocher de 28 mètres aux fondations plongeant à 11,3 mètres dans le sol instable de la colline nivelée ; la flèche prévue fut sacrifiée aux crises de la vigne, « victime du phylloxéra », et un ouvrier se tua en tombant du clocher. La pierre vint de Biérens à Créon-d'Armagnac, de Saint-Justin, de Sos et de Gondrin, le sable de la Douze, les encadrements des croisées de la petite carrière de Moutiques, le tout charroyé par des paires de grands bœufs blancs ; à l'intérieur, les grandes familles parrainèrent les vitraux (les Dupuy d'Uby financèrent le Christ central) et saint Luper veille toujours parmi les statues du tabernacle.

☞ Sources : notice Palissy IM32000038 (La Visitation, dépôt de 1872, état décrit en 2001) ; Henri Polge, Barbotan et le Bas-Armagnac (Condom, 1955) — description de l'ancienne église et achèvement de 1871 ; La Dépêche, 26 mars 2022 — souscription, coûts et chronologie du chantier de l'abbé Ducruc ; Inventaire général du patrimoine, Région Occitanie (notice IA32100365 — datation de l'ancienne église et désaffectation vers 1860-1870) ; Guide du Gers — début du chantier en 1861 et motif de la reconstruction ; Le Journal du Gers, 3 mars 2022 — inauguration de la nouvelle église en mars 1872, 150 ans fêtés les 26-27 mars 2022. L'édifice primitif du XIIe siècle relève de la tradition locale (office de tourisme). Pierre Cames, L'abbé Bernard Ducruc, le baron Haussmann cazaubonnais, Via Cultura, Cazaubon-Barbotan, juillet 2017, p. 14-31 — financement, architecte Gentil, entreprise Latrille, dimensions, provenance des pierres, vitraux et mobilier ; le 70 505 francs vient de la lettre de l'archevêque qu'il cite.

Église Saint-Martin de Cazaubon dans la collection

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L'église
L'église — II
La place de l'église
L'escalier monumental de la place de l'Église — I
L'escalier monumental de la place de l'Église — II