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Figure locale · 1892 – 1974 · Juste parmi les Nations

Fernand Sentou

Le maire qui a dit non : avec son épouse Yvette, il a risqué sa vie pour sauver celle des autres.

Fernand Sentou naît le 24 mars 1892. Maire de Cazaubon pendant l'Occupation, il se trouve au cœur d'un des grands réseaux de sauvetage du Gers : en 1941, le comte Henri d'André et la comtesse Simone d'André achètent le château du Bégué, sur la commune, et le mettent à la disposition des Amitiés chrétiennes par l'entremise de Mgr Théas, évêque de Montauban. En octobre 1942, l'équipe de l'abbé Alexandre Glasberg y ouvre un centre d'accueil pour réfugiés juifs extraits des camps d'internement français.

Le maire Sentou fournit de faux papiers aux pensionnaires du Bégué. Avec son épouse Yvette, née Dufrèche, il va plus loin encore : en 1943, ils accueillent dans leur propre maison de jeunes réfugiés pourchassés, dont Hannelore Trautmann, jeune Allemande juive de vingt ans passée par les camps de Gurs et de Rivesaltes, son frère Oscar et leur amie Renée Stein. Ils trouvent aussi du travail aux adultes, au château et dans les fermes voisines. Plus d'une centaine de personnes furent ainsi protégées au Bégué — et bien davantage à l'échelle du réseau des frères Glasberg, réparti entre plusieurs centres.

Le réseau paya le prix du courage : en août 1943, sur dénonciation, la police allemande investit le château du Bégué et arrêta Vila Glasberg, dit Victor Vermont, frère de l'abbé, qui dirigeait le centre. Déporté, il fut assassiné. Une plaque commémorative lui rend hommage au château depuis 2014.

Fernand Sentou meurt le 9 octobre 1974. Le 2 janvier 1991, l'Institut Yad Vashem de Jérusalem décerne à Yvette et Fernand Sentou le titre de Juste parmi les Nations (dossier n° 4828). Le comte et la comtesse d'André recevront le même titre en 2006. La commune de Cazaubon compte ainsi parmi les lieux de France où, dans les heures les plus sombres, l'humanité l'a emporté.

Les archives municipales de Karlsruhe, la ville natale d'Hannelore, ont retracé la suite de son histoire : après Cazaubon, un refuge à Lyon, l'aide d'une organisation protestante dirigée par Sophie Coursange, puis les retrouvailles avec son père en 1945. Elles publient même son portrait d'après la Libération et le faux document d'identité qui la protégea (Stadtarchiv Karlsruhe, dossier « Rettet die Kinder », 2020). Une vie sauvée ici se laisse ainsi suivre jusqu'au bout : c'est rare, et précieux.

Le rôle du maire dépassait de loin, en réalité, la protection d'une jeune réfugiée. Fernand Sentou fut responsable cantonal de la Résistance : présent dès les premières réunions clandestines tenues à la grande foire de Condom (en novembre 1940 ou 1941 selon les chapitres du Gers en Résistance), où il offre jusqu'à son aide financière ; co-fondateur, à l'été 1942, du centre d'accueil du Bégué aux côtés de Mgr Théas et sous le parrainage du cardinal Gerlier ; et organisateur, depuis sa mairie, d'un dispositif de fausses cartes d'identité et de faux tickets pour les traqués, tenu avec sa secrétaire Jeanne Ducassé et relayé à Barbotan par l'institutrice, Mlle Toufflan. Protéger Hannelore n'était pas un geste isolé : c'était la politique d'une mairie.

☞ Sources : Jacques Fitan (dir.), Le Gers en Résistance, BoD, 2020 — réunions de Condom, fondation du Bégué, fausses cartes ; AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période nazie) et Comité français pour Yad Vashem, dossier n° 4828. Stadtarchiv Karlsruhe, « Rettet die Kinder », Blick in die Geschichte n° 128, 25 septembre 2020 (en ligne) — la suite d'Hannelore, née le 3 avril 1923, son portrait et son faux papier. Yvette Sentou était née Dufrèche, fille unique du député Alexandre Dufrèche ; la famille demeure liée au Chalet de Barbotan (témoignage familial, 2026).