AccueilPatrimoineLe Chalet

Patrimoine · Vers 1858

Le Chalet de Barbotan

La fantaisie impériale d'un comte gascon : élevé sur le modèle du chalet de Napoléon III à Plombières, il devint le monument le plus photographié de la station.

Vers 1858, au faîte de sa fortune thermale, Charles de Barbotan fait élever cette étonnante demeure, presque à l'emplacement du château féodal de ses ancêtres, dont une tour couverte de lierre subsiste encore à proximité (elle nourrit sa propre légende, démêlée au vrai-faux de la page Histoire). Escarnot en donne le modèle : le chalet que Napoléon III venait de se faire construire à Plombières-les-Bains, la station impériale des Vosges. Le geste dit tout d'une ambition, car en copiant la villégiature de l'empereur, le dernier comte de Barbotan proclamait que sa petite station d'Armagnac jouait désormais dans la cour des grandes.

Les cartes anciennes, qui l'ont photographié sous toutes les coutures, en montrent la silhouette ; le témoignage des propriétaires en précise la matière. Car contrairement à ce que son nom suggère, le Chalet n'est pas une construction de bois : il est bâti en pierre et en brique rouge plate, sans fondations, le bois régnant sur le seul décor. Galeries à lambrequins découpés, crêtes de faîtage en fer forgé, épis de toiture en zinc, chapeaux de cheminées : tout l'art de la villégiature du Second Empire s'y donne rendez-vous. La coursive de la façade principale s'ouvrait par un double escalier, bien visible sur les cartes, aujourd'hui disparu. Dans un pays de pierre blonde et de colombages, cette silhouette ne ressemblait à rien d'autre, et c'est précisément pour cela que les éditeurs en firent leur sujet favori.

C'est ici que l'histoire des Barbotan s'achève. Charles, qui habitait Pau et réservait le chalet à ses séjours d'été et d'automne, y meurt le 7 septembre 1869, à cinquante-trois ans ; son corps est transporté à Pau, au tombeau familial. Sans fils survivant, sa veuve et ses filles conservent quelque temps les propriétés ; le domaine patrimonial, chalet en tête, est ensuite vendu (hors les bains) à Charles Brèthes, de Hagetmau, saisi en 1886, le bien repassant brièvement aux héritiers Barbotan ; le Chalet entre enfin dans la famille Dussans — en 1893 selon la mémoire familiale, Escarnot datant de 1890 la vente du domaine. Le chalet, lui, continue de régner sur les objectifs : notre collection en conserve quatorze vues, le record absolu de la galerie, colorisées, animées, expédiées aux quatre coins de France par des curistes conquis.

Commence alors une fidélité comme les vieilles maisons en connaissent peu. Angèle Dussans épouse Alexandre Dufrèche, le maire de Cazaubon devenu député du Gers, qui s'éteindra au Chalet en 1919, comme Charles un demi-siècle plus tôt ; leur fille unique, Yvette, épouse Fernand Sentou, maire sous l'Occupation et Juste parmi les Nations. De main en main, par les femmes, le Chalet est ainsi resté cent trente-trois ans dans la même famille : ses héritiers vivent toujours sur place et entretiennent l'immense demeure (récit des propriétaires, recueilli en 2026). Trois figures de ce site — un comte bâtisseur, un député, un Juste parmi les Nations — auront donc eu la même adresse.

Autour de la maison, un parc à sa mesure : cèdres du Liban, séquoias, chênes et épicéas y composent un arboretum de villégiature, que les tempêtes récentes ont hélas éclairci de quelques grands sujets. La mémoire familiale ajoute deux chapitres que les archives devront un jour rejoindre : pendant la Seconde Guerre mondiale, la demeure aurait servi de cache d'armes et abrité des réfugiés — un écho possible, encore à documenter, de l'action des époux Sentou. Et comme toute grande maison singulière, le Chalet a nourri les légendes locales : on l'a dit hanté, réputation que son architecture hors du commun suffit sans doute à expliquer. Beaucoup d'éléments d'origine subsistent aujourd'hui entre ses murs.

Demeure privée habitée, le Chalet ne se visite pas (voir l'avertissement en tête de page). Les épisodes de sa longue vie, travaux, aménagements, petites et grandes heures, trouveront ici leur place au fil des témoignages : souvenirs, documents et photographies anciennes sont les bienvenus, aux côtés des quatorze cartes de la collection.

☞ Sources : abbé Escarnot, Barbotan-les-Bains, précis d'histoire (1904), p. 193-195 — datation « vers 1858 », emplacement, modèle de Plombières, usage saisonnier, mort de Charles et devenir du domaine, saisie de 1886 comprise (fac-similés : p. 193 · p. 194 · p. 195) ; Henri Polge, Barbotan et le Bas-Armagnac (1955) ; collection de cartes postales anciennes du site (quatorze vues, dossier 2026). Transmission familiale (Dussans, Dufrèche, Sentou ; entrée dans la famille en 1893), matériaux et décor, double escalier disparu, parc, mémoire de guerre (au conditionnel) et légendes : témoignage des propriétaires actuels, recueilli en 2026.

Le Chalet dans la collection

Toutes les cartes postales →
Le Chalet — I
Le Chalet — II
Le Chalet — III
Le Chalet — IV
Le Chalet — V
Le Chalet — VI
Le Chalet — VII
Le Chalet — VIII
Le Chalet — IX
Le Chalet — X
Le Chalet — XI
Le Chalet — XII
Le Chalet — XIII
Le Chalet — XIV